La mélancolie semble être chez elle un état permanent. Sa voix est chaude, presque acidulée, elle peut se couvrir d'un voile léger pour se briser sur une émotion trop forte qui lui met les larmes aux yeux. Les manières sont gracieuses, le regard bleu azur, le sourire extrêmement doux. En apparence, Anne Parillaud ressemble à petit animal égaré. En vérité, cette frêle créature est beaucoup moins fragile que son image d'éternelle gamine. Même si les questions indiscrètes la gênent au plus haut point, surtout quand il s'agit de son enfance modeste, même si elle ne se livre jamais en bloc, pas la peine de l'interroger sur sa vie privée, elle parle volontiers de sa carrière, reconnaissant avec lucidité ses erreurs, défendant ses choix, consciente d'avoir été parachutée dans ce métier par hasard.

A 7 ans, Anne veut devenir avocate. Mais sa mère ne l'entend pas de cette oreille et l'inscrit à des cours de danse et de théâtre. "Ça ne m'intéressait pas." Qu'importe, personne ne lui demande son avis. Elle a 17 ans quand Michel Lang lui propose de jouer dans L'Hôtel de la Plage en 1977, l'année suivante c'est au tour d'Hugo Santiago pour Ecoute voir. Entre ces deux navets, les dés sont jetés, l'école est finie. "Lorsqu'on démarre ainsi très tôt, on a tendance à croire davantage les aînés que soi-même."

Plutôt mal dans sa peau, Anne se laisse faire, joue le jeu en faisant ce qu'on lui demande. Elle passe dans les bras de Delon (Pour la Peau d'un Flic, Le Battant), tourne avec Ettore Scola puis avec Japrisot. "C'était comme si j'étais invitée à dîner tous les soirs. J'étais heureuse d'être à table, mais je n'aimais pas ce qu'on y mangeait." De quoi rester sur sa faim, d'autant plus que la jeune actrice a déjà été cataloguée "starlette incolore". Il y a des limites, elle décide de faire une pause. Histoire de retrouver l'appétit en attendant de rencontrer Luc Besson.

"Nikita" constitue mon premier vrai travail: les autres n'étaient que des approches, des brouillons, des essais.
Plus connue pour la pub Woolite que pour la plupart de ses films, Anne Parillaud a encore tout à prouver et rien à perdre. Le réalisateur du futur Grand Bleu lui offre, par amour, un rôle sur mesure en lui écrivant le scénario de Nikita. Un cadeau en forme de revanche qui la porte au sommet de la gloire en 1990 lorsqu'elle reçoit le César de la meilleure actrice. Mais les lendemains sont difficiles, peu de propositions ou alors des sous-Nikita sans intérêt. Elle prend la fuite aux Etats-Unis: "Je suis partie pour apprendre d'autres choses avec des cinéastes dont l'optique était plus créative que mercantile."

L'intention est bonne, le résultat n'est guère convaincant, même quand elle montre ses dents de vampire dans Innocent Blood. De retour en France, elle se laisse attacher à un radiateur par Béatrice Dalle (A la Folie de Diane Kurys) avant de camper Anne d'Autriche dans L'Homme au Masque de Fer et la tueuse de Jessie en 1988 (Ruiz). D'échecs commerciaux en ratages injustes, Anne Parillaud assume ses coups de coeur et son parcours atypique: "Je ne regrette pas les étapes. Je les dépasse. Les films sont des moments, comme les histoires d'amour, qui composent une destinée".

Reste qu'à 40 ans elle peine à trouver sa place. Son rôle d'arnaqueuse plutôt sympathique dans "Une pour Toutes" de Lelouch réveillera peut-être d'autres réalisateurs français. Ce serait mérité. Car cette jeune femme qui n'est ni une star ni une débutante est une actrice attachante et pleine de charme. De celles dont on regrette l'absence, mais que l'on retrouve toujours avec plaisir.