Le 10 mai 1988, le Grand bleu fait l’ouverture du festival de Cannes. Luc a classé son film Top secret jusqu'à la sortie. Pas de déclarations, pas d’images, pas de projections de presse. Juste l’affiche et la couverture de Première : un dauphin hilare qui se moque du monde. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le film est attendu... Ca va être un grand moment.

La production nous a offert trois magnifiques smokings à la couleur du grand bleu. On est au pied des marches. J’ai l’impression de grimper la Tour Eiffel ! Ca n’en finit plus. Je sais pourtant comment ça se passe : je l’ai vu cent fois... à la télé. Mais le faire, c’est autre chose.

On entre dans la salle. Le public se lève et applaudit. Je ne comprends pas pourquoi : ils n’ont pas encore vu le film. C’est le noir, et enfin le Grand bleu. Comme toujours, avec Luc, je n’ai encore rien vu. Bien sûr, je me souviens de toutes les scènes, du moindre plan, je connais le scénario par cœur... mais pas le film ! Et ça n’a rien à voir avec ce dont je croyais me souvenir. C’est ça la magie du cinéma...

Je suis conquis, ému, ébloui... et la salle aussi. C’est un public composé uniquement de professionnels blasés, durs et exigeants mais à la fin du générique, ils se lèvent et applaudissent longuement. Pour mois cette ovation dure une éternité...

Jean Reno