La première fois que Luc m'en a parlé, c'était en avion entre les USA et l'Australie. A ce moment-là, il me proposait le rôle de Bob et cela ne me tentait pas du tout. Faut être probablement idiot pour refuser un rôle dans un film de Luc Besson. Mais c'est aussi sur ce genre de choses que se base notre amitié : pas d'hypocrisie, refus des conventions du métier et surtout pas de rapports d'intérêts financiers. Et puis, ce rôle, je ne le sentais pas du tout.

Bob, c'est un fonctionnaire des services secrets. Froid et calculateur, et en costume-cravate du début à la fin. Non, aucun regret parce que Tcheky Karyo acceptera le rôle. Il y sera formidable. Très peu de temps avant le début du tournage, il me propose cette fois d'être Victor. On n'en parle qu'une fois, et encore, très peu. Je sais juste que je vais être un tueur.

- " Tu viens, on t'habille et je te donne ton texte. "

Et c'est voulu : Victor c'est " le nettoyeur ", un homme qu'on envoie à la dernière minute pour arranger des situations difficiles. Il ne sait ni ce qu'il va trouver ni ce qu'il devra faire. Il arrive, analyse, improvise… et nettoie. C'est dans cet état d'esprit que j'arrive sur le tournage.

Je débarque à un moment crucial. Luc se pose des questions sur la fin du film. Il a besoin de réfléchir. L'ambiance sur le plateau est survoltée. Dès mon premier jour, la tension atteint son paroxisme et Luc décide d'arrêter pour réfléchir. Il réécrit une fin différente et le tournage reprend.

L'arrivée de Victor a fait basculer l'histoire. Le nettoyeur est un rôle court, mais formidable. Je suis un homme d'un autre monde: celui de l'Est, un yougoslave ou un Bulgare préparé et déterminé à tuer. Je sais que je vais mourir. Je n'aime pas Victor ou plutôt je n'ai pas à l'aimer : c'est juste une machine terriblement efficace.

Mais, il m'aide à oublier Enzo et fait le ménage dans ma tête. Normal pour un nettoyeur…
Victor, c'est le point de départ de Léon. Mais à ce moment-là, personne ne le sait !

Jean Reno